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Cécile
Documentaire : WAVEL, au cœur d’un camp palestinien
9 juillet 2017

Marc-Antoine Pelaez, jeune étudiant en journalisme s’est rendu à Wavel, un camp palestinien au coeur du Liban, pour donner la parole aux habitants. En exclusivité, voici le documentaire d’environ 16 minutes qu’il a tourné sur place, ainsi que quelques réponses sur la genèse et les enjeux que soulèvent ce travail.

 

 

Marc-Antoine Pelaez nous en dit plus…

Yap : Quelle a été la genèse de ce film ?
Marc-Antoine Pelaez : Quand je suis arrivé au Liban, le 10 avril 2017, j’ai commencé à travailler pour le journal francophone libanais L’Orient-Le Jour. Ce voyage, je l’ai entrepris dans le cadre de mon stage de fin d’étude, celui qui va clôturer ma dernière année de master en Journalisme et médias numérique à l’Université de Lorraine de Metz. Je suis donc resté à Beyrouth pendant trois mois.
Quelques semaines après mon intégration dans le journal, j’y ai fait la rencontre de Maxime Pluvinet, un étudiant de Science Po. Il était déjà au journal depuis janvier. On a très vite sympathisé, on est allé boire des bières et au détour d’une conversation il m’a parlé d’un camp palestinien pas comme les autres, situé dans le Nord du Liban, à la frontière syrienne dans la ville de Baalbeck. Il s’était déjà rendu dans ce camp une première fois.

Combien de temps es-tu resté sur place pour filmer ?
Ça faisait déjà dix jours que j’étais à Beyrouth, j’avais donc envie de sortir de la ville pour découvrir d’autres régions. On s’est donc rendu à Wavel, le camp en question. On y est allé une première fois pour y rencontrer les locaux, discuter avec eux et prendre des photos, mais aussi pour prendre le pouls et l’ambiance générale du lieu. En reprenant un bus pour Beyrouth, j’ai tout de suite senti qu’on avait un lieu singulier à documenter. On s’est renseigné, et à notre plus grande surprise, ce site n’était pas du tout médiatisé, ni connu. Alors on a fini par s’y rendre quatre fois, tous les week-ends du mois de mai.

Comment t’es venue l’idée de tourner ce documentaire ?
L’idée m’est venue le jour où je me suis rendu à Wavel. Je ne connaissais pas les revendications du peuple palestinien, ni leur statut au Liban, ni leur histoire, ni leur identité. J’ai voulu en savoir plus. Un voyage à travers ce camp largement oublié m’a fourni les idées les plus profondes sur l’expérience palestinienne au Liban. Le travail de terrain m’a permis de mieux saisir la cohésion politique et sociale des camps de réfugiés du pays. J’ai écouté leurs problèmes, leurs espoirs et leur vision d’avenir. Les sujets journalistiques sur les camps de réfugiés sont nombreux. Je ne considère pas ce film comme un reportage, il n’y a pas d’actualité chaude. Je crois que j’ai simplement cherché à toucher un public occidental, pour que les gens se fassent une idée sur la cause palestinienne aujourd’hui.

Comment as-tu rencontré les protagonistes principaux ?
Grace à Abou Samra, le coach sportif du camp. Il a été d’une gentillesse incroyable, sa femme aussi d’ailleurs. Il y a eu aussi plusieurs familles qui m’ont accueillie chez elles pour manger et parler de leurs histoires. Les rencontres se sont faites au fil de mes déplacements dans le camp. Les témoignages et les interviews aussi.

Y a-t-il des écoles et des ONG sur place ?
Malgré l’extrême pauvreté qui règne dans le camp, Wavel a sans doute l’une des meilleures écoles de l’ensemble du réseau de camps palestiniens au Liban. Rashid Haj est le principal enseignant de l’école secondaire Kastall et de l’école primaire Tabaria (Tiberius). Il a 330 élèves à sa charge, soutenus par 24 enseignants et entièrement financés par l’UNRWA. Bien que les deux écoles soient co-éducatives, M. Haj affirme que le mélange des sexes n’entraîne aucun problème et, en tout cas, est largement accepté par les parents et les élèves. Son plus grand souci est pour l’avenir des jeunes qui sont scolarisés dans ses écoles, car il admet facilement que s’ils restent au Liban leurs perspectives d’avenir, en termes d’enseignement supérieur et d’emploi à long terme décent, sont sombres.
Pratiquement toutes les organisations politiques palestiniennes ont une présence visible et active dans ce camp éloigné. De plus, les factions sont moins clémentes dans Wavel que dans d’autres camps, un indicateur sûr des tensions communales et de leur coexistence. L’emplacement du camp près du bastion du Hezbollah de Baalbek confère aux factions et aux résidents ordinaires un sentiment supplémentaire de réconfort et de sécurité, car le Hezbollah est respecté et confié par chaque organisation politique palestinienne.

Quels enjeux par rapport au conflit israelo-palestinien ton travail a-t-il selon toi ?
L’emplacement géopolitique du camp – dans l’une des forteresses du Hezbollah – est un facteur important qui sous-tend sa stabilité et sa cohésion socio-politique. La présence politique de sécurité du Hezbollah dans la région de Baalbek est généralement considérée comme une source de stabilité pour les habitants et les Palestiniens. C’est aussi un autre rappel de l’échec du gouvernement libanais à créer des conditions propices à une plus grande sécurité dans les camps palestiniens dans les zones où l’État exerce une autorité incontestée. Les exemples les plus frappants sont Tripoli, où des combats prolongés ont éclaté dans le camp de Nahr El-Bared en mai 2007 (pendant lequel tout le camp a été détruit et 35 000 réfugiés ont été sans abri) et Ein Al-Hilweh à Sidon, où les tensions sous-jacentes menacent constamment.

Malgré la situation chaotique de la diaspora palestinienne, il existe de nombreuses raisons pour lesquelles les réfugiés au Liban peuvent être considérés comme des exemples de détermination résolue face à des chances accablantes. Peut-être que le Fatah à Ramallah et le Hamas à Gaza devraient prendre garde aux Palestiniens dans le camp de Wavel pour apprendre comment la réconciliation nationale pourrait devenir une réalité.

Quelles ont été les réactions après les premières diffusions du documentaire ?
J’ai conscience qu’en laissant la parole à ces palestiniens je me confronte à une polémique : celle du combat palestinien envers les Israéliens. On va me reprocher d’avoir un parti pris. J’ai essayé, le plus possible, de faire preuve d’une distanciation à travers la voix off. Mon objectif était simple : relater et raconter ce que je voyais sur place, sans m’enfermer dans un jugement personnel. Bien sur que tous ces réfugiés palestiniens rêvent d’un pays où ils pourraient s’imaginer un avenir, dans leur cas, c’est la Palestine. J’espère que le public comprendra que je n’ai pas voulu prendre position, mais simplement leur laisser la parole. Il y a forcément un ressenti personnel, des confidences et des histoires que l’on écoute et qui nous confrontent à des réflexions sur les causes du conflit israélo-palestinien. Maintenant que j’ai réalisé ce travail, je souhaiterai le reproduire, mais cette fois-ci, côté Israélien pour entendre ce que eux ont à me dire.

Marc-Antoine Pelaez, jeune étudiant en journalisme s’est rendu à Wavel, un camp palestinien au coeur du Liban, pour donner la parole aux habitants. En exclusivité, voici le documentaire d’environ 16 minutes qu’il a tourné sur place, ainsi que quelques réponses sur la genèse et les enjeux que soulèvent ce travail.     Marc-Antoine Pelaez nous…

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