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Cédric Dautinger
Comment bien savourer son rhum ?
5 octobre 2015
Yap Magazine

Lorena Vàsquez

Master Blender au féminin

Nous avons pu interviewer Lorena Vásquez, la « master blendeuse » (soyons fous, osons le néologisme) de Zacapa. Ce métier d’importance majeure dans l’élaboration de nombreux alcools demeure principalement masculin (mais heureusement, les choses changent, d’autres femmes comme Jassil Villanueva le prouvent). Brisant les codes et la tradition, elle revient à l’essentiel : sa passion du rhum.

Yap : Pouvez-vous nous présenter votre parcours en quelques mots ?
Lorena Vasquez : Avant de travailler dans le monde du rhum, j’ai bossé dans la bière mais j’aimais moins ce domaine. J’exerce depuis une trentaine d’année et ma première expérience gustative avec du rhum remonte à très loin, en présence de mon père. Je voulais absolument devenir master blender. J’ai fini mes études au Nicaragua, avant de déménager au Guatemala pour raison familiale. J’ai commencé dans la distillerie Industrias Licoreras de Guatemala, où j’ai pu entraîner mes capacités innées et mes sensibilités par rapport aux goûts et aux arômes.

Yap : Comment se déroule une journée type de ce métier atypique ?
L.V. Je me lève tôt pour faire un peu de sport, je déjeune léger (du thé et des fruits). J’arrive ensuite au bureau, regarde mes courriels, fais mon plan du jour avant de consulter la production prévue, avant de vérifier les mélanges et de goûter quelques échantillons. L’après-midi, je vérifie encore mes courriels, les inventaires, je répète les opérations du matin et regroupe mon équipe. De mon expérience, les principales qualités nécessaires pour exercer mon métier sont les connaissances techniques, la maîtrise des sens et la passion pour le travail.

Yap : Quelles sont les qualités essentielles d’un bon rhum selon vous ?
L.V. Mon point de vue d’une professionnelle technique de ce monde, est qu’un bon rhum doit avoir du caractère, des arômes complexes et des goûts qui restent en bouche pour permettre d’apprécier la dégustation.

Yap : Comment bien savourer son rhum ?
L.V. :Toute cette belle théorie s’accompagne également, comme pour toute dégustation, de beaucoup de pratique. Impossible de connaître le rhum (ou n’importe quel aliment/boisson) sans goûter, expérimenter, tenter de nouvelles expériences. Les professionnels donnent souvent quelques conseils pour bien savourer un alcool, et le rhum n’y échappe pas.

La recette

– Munissez-vous d’un verre à shot ou à dégustation (comme ceux pour le whisky), qui ne soit pas trop large sur son col. Le but est de maximaliser les senteurs et les arômes en les orientant directement vers votre nez et votre bouche. Ce conseil vaut également pour les vins, avec l’erreur commune de servir des grands champagnes dans des verres très larges. La rétro-olfaction, donnant de nombreuses informations sensorielles, combine votre odorat et votre palais. Impossible donc de déguster quoi que ce soit si un rhume (et pas du rhum) vous bouche la péninsule. Enfin, ne mettez pas de glaçons dans le verre et servez le rhum à température ambiante. Le froid adoucit certes l’alcool mais masque également le goût.

– La dégustation doit se dérouler en plusieurs étapes. Chaque sens a son importance, à commencer par la vue. Une pièce lumineuse et un fond blanc permettent de regarder la robe du rhum, soit sa couleur mais aussi son opacité ou son aspect liquoreux en observant la longueur que prend le liquide à retomber au fond du verre après l’avoir tourné. Procédez ensuite à une analyse en règle du nez en le plongeant dans le verre. Un mouvement du haut vers le bas de l’ouverture du verre permet en général de sentir les subtilités du rhum. N’hésitez pas à attendre quelques minutes entre le service et cette étape pour bien profiter de tous les effluves dégagés par le liquide.

– L’étape préférée consiste à avaler l’alcool. Commencez par une petite part, histoire d’habituer votre bouche puis recommencez l’opération pour goûter au maximum les subtilités de la bouteille choisie. Tenir le verre dans votre main réchauffera de quelques degrés l’ensemble, procurant une légère évolution dans les odeurs et les goûts présents. Votre dégustation devrait donc se faire en deux étapes. N’ayez pas peur d’exposer vos sensations, même si elles paraissent incongrues. L’échange constitue en effet la dernière étape, car chaque dégustateur, apprenti comme professionnel, apprend de l’expérience des autres.

Master Blender au féminin Nous avons pu interviewer Lorena Vásquez, la « master blendeuse » (soyons fous, osons le néologisme) de Zacapa. Ce métier d’importance majeure dans l’élaboration de nombreux alcools demeure principalement masculin (mais heureusement, les choses changent, d’autres femmes comme Jassil Villanueva le prouvent). Brisant les codes et la tradition, elle revient à…

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